L’Histoire du Village

A défaut du cartulaire de Saint-Fursy, le plus ancien titre relatif à ce village est de 1214 : il y est dénommé Harvelle, puis Harvely, Harvilly et Hervilliers, dans les siècles suivants. Néanmoins son origine pourrait dater du temps même de l’occupation des Gaules par les Romains. Ils auraient établi un haras dans ce lieu favorable assez rapproché de leur camp de Vermand ; et en conséquence il aurait été appelé haroe villa ; à moins qu’on ne recherche le radical de ce nom de lieu dans hera lieu inculte et maison des champs, ou dans herus, seigneur.

 

L ‘église et l’autel d’Hervilly avaient été donnés au chapitre Saint-Fursy de Péronne, qui avait des possessions considérables dans les environs. Cette église fut sans doute desservie dans le principe par celui de ses chanoines qui occupait la chapelle de St-Nicaise à Roisel ; mais dans la suite il y plaça des prêtres séculiers dont il conserva la nomination. Les derniers curés de la paroisse furent : N. Déron, alibi Bron en 1721 ; Nicolas Moreau vers 1760 ; et J.F Levêque en 1791. Le même chapitre partageait la dîme du lieu avec l’abbaye de Fervaques et le marquis d’Hautefort (inféodé). Par échange avec l’abbaye d’Arrouaise, celle de Corbie possédait 93 journaux de terres à Hervilly.

L’église, vocable St Jean-Baptiste, est une construction fort simple, du XVème siècle environ, qui aura remplacé le monument religieux élevé primitivement par le chapitre de St Fursy. Les piliers de la nef, dépourvus comme es fonts baptismaux de tout caractère architectonique, sont d’une extrême légèreté et supportaient une voûte en planches à laquelle on a substitué un plafond uni et peu gracieux. Le chœur sans abside en était fort restreint ; mais vers 1864, grâce au zèle de M. Lefèvre, curé, et à la pieuse générosité du plus grand nombre des habitants, il a été reconstruit dans des condition beaucoup plus convenables ; on l’a même orné d’élégantes verrières reproduisant la légende de St Jean-Baptiste, patron de la paroisse.

 

On conserve encore un antique et curieux tableau provenant de cette église : il a pour objet la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ ; et les nombreuses figures de bergers, d’anges etc., semblent représenter, dans le costume du temps, divers personnages de la famille du donateur agenouillé au bas de cette toile fixée sur bois. Le portail surmonté autrefois d’un clocher plus important, se sera écoulé vers le milieu du dernier siècle ; parce que sa base repose sur l’entrée de vastes souterrains. En 1772 il fut reconstruit sans art, et même sans garantie de solidité pour l’avenir.

La véritable illustration d’Hervilly, c’est l’ancienne famille qui en portait le nom. Avant le XIIIème siècle elle y habitait un manoir féodal dont on retrouve encore des traces ; et plusieurs documents historiques, pleins d’intérêt, ont perpétué le souvenir de cette noble maison. Les principaux membres en sont désignés avec le titre remarquable de Grand Seigneur d’Hervilly.

En 1214 le dénombrement de la châtellenie de Péronne fait mention de Guillaume de Hervells qui devait l’hommage à Gilles de Marquais.

 

La maison des Dominicains, dits Jacobins, ou Frères prêcheurs, de St Quentin, était généralement redevable aux seigneurs d’Hervilly de cette importante qui lui a mérité le nom de Courent des Cent Pères : aussi conservait-elle précieusement dans ses annales la mémoire de ces religieux bienfaiteurs. Le premier qui s’y trouvait signalé était Baudouin d’Hervilly, ancien recteur de l’université de Paris, suivant Colliette, et vivant vers 1237. Après avoir fait d’importantes donations à ce couvent, il en construisit, à ses frais, les bâtiments réguliers et l’église dans de vastes proportions. C’est le même que la plupart des écrivains représentent comme le héros de la légende fort curieuse qui va suivre.

 

« Baudouin d’Hervilly, recteur de l’université de Paris, allait de St Quentin à Dijon, et s’égara le soir au milieu de la forêt de Retz. Ne sachant plus quel chemin prendre, il fait monter son écuyer sur un arbre fort élevé, d’où celui-ci aperçoit dans le lointain une lumière éclatante vers laquelle ils dirigent leurs pas. Bientôt ils arrivent à la porte d’un monastère ou ils demandent et reçoivent l’hospitalité. On les conduisit en silence dans une salle ample et magnifique, où une table somptueuse se trouvait dressée. Baudouin était saisi d’étonnement, mais il le fut encore davantage, quand tout-à-coup il vit paraître une longue suite de moines, revêtus d’habits blancs, à la tête desquels marchait leur abbé, qui les surpassait tous et par sa haute taille et par la laideur se son visage.

Sans s’arrêter à la frayeur de ses hôtes, l’épouvantable abbé procède au lavement des mains et fait asseoir tous les convives ; mais le repas n’est point précédé par la bénédiction ordinaire de la nourriture. Alors il présente du vin au seigneur d’Hervilly dans une coupe d’une grandeur et d’une richesse étonnantes.

 

Celui-ci, malgré le spectacle merveilleux qu’il a sous les yeux, n’oublie point, selon le pieux usage de cette époque, de bénir par un signe de croix la boisson qu’il va prendre ; et à peine a-t-il formé ce signe auguste de notre rédemption, qu’aussitôt abbé, moines, table, monastère, tout a disparu avec la rapidité de l’éclair, et qu’il se retrouve seul avec son écuyer et leurs chevaux au milieu d’une forêt vaste et aride. Cependant il lui était resté dans la main la coupe magnifique qu’on lui avait présentée : elle était d’or massif et ornée de pierres précieuses. Baudouin la vendit, en retira une somme d’argent considérable, dont il gratifia les Dominicains de Dijon, et surtout ceux de St Quentin »

 

Tel est le sens de cet événement prodigieux, d’après la narration de Claude Héméré et de Coliette principalement. Cette histoire, ajoute ce dernier, et vénérable par son antiquité ; et les Jacobins l’avaient fait graver sommairement sur la chaire même, en pierre sculptée, de leur église, en témoignage de reconnaissance pour les d’Hervilly toujours rappelés comme leurs insignes bienfaiteurs. Néanmoins dans son histoire manuscrite de St-Quentin Q. de la Fons, qui reproduit ce fait légendaire, suivant le texte gravé sur la chaire en question, l’attribue à Baudouin Pierre, cousin du grand seigneur d’Hervilly et, comme lui, fondateur de ce couvent. D’autre part, l’historien du Valois semble révoquer en doute la véracité de cette légende ; quoiqu’il reconnaisse l’avoir lue dans le manuscrit de l’ermite, appelé Frère François, qui lui-même l’avait extraite d’une histoire de St Quentin, des antiquités du règne de St Louis et de trois autres ouvrages anciens.

 

En date de juillet 1283, le cartulaire de Fervacques, dont l’abbaye possédait une partie des dimes de cette paroisse, rappelle une donation qui lui a été faite par le seigneur de Harvilli.

En 1360, Robert d’Hervilly paraît comme époux de Guillemette de Hamel, et prend le nom de cette célèbre seigneurie près Marquais : il se maria en secondes noces à Béatrix de Licques.

En 1979 son fils Robert devient le dixième seigneur de Fons-Somme, par son mariage avec l’unique héritière de cette maison. Ce seigneur, depuis Sénéchal de Vermandois, fonda l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Quentin un bénéfice qu’on appela dès lors cantuaire ; et surpassa tous les gentilshommes de son temps par sa pieuse munificence envers les églises, les prêtres et les pauvres de la contrée. En 1381, Robert avait un fief au terroir de Rosières. Une branche latérale de la maison d’Hervilly en avait conservé le nom et le domaine, comme il ressort de ces divers aveux mentionnés par D.Grenier. Par aveu du 25 mai 1367, Jacques de Harvilly, dit Posières, écuyer, sire de Froimontel, déclare tenir du roi, châtelain de Péronne, le quint en entier et pour toute son existence de la seigneurie d’Harvilly.

 

En 1367, 26 mai, Jean de Harvilly, chargée d’un quint envers son frère Jacques. Le 24 décembre 1503, Jeanne, demoiselle et héritière de Harvilly, donne aveu au roi de son fief de ce nom, manoir, domaines seigneuriaux et de la moitié de la Motte et des fossés, à l’encontre de Robert Caffauret : duquel fief dépendaient plusieurs autres à Hervilly, Hesbecourt et Roisel, surtout celui de la maison de messire Hector de la Motte, dit Buridan, chevalier.

 

En 1505, plus vraisemblablement qu’en 1501, cette héritière, Jeanne d’Hervilly, épousa Arthus Lecat, seigneur de Beaumont-en-Baine, à la condition que leurs descendants prendraient les armes et le nom d’Hervilly. Artus était fils de Jean Lecat, grand échanson en 1449. Sa famille posséda la seigneurie de Beaumont, après celles de Hamez et de Clastres qui lui appartenaient dès 1120. Il eut pour enfants : Antoire 1er d’Hervilly, écuyer, qui par acte du 13 mai 1578 constitua une rente au profit de Jean de Villette, dit Le Borgne ; 2ème Artus, marié à Jeanne d’Amerval, fille de Philippe, seigneur de Liancourt-Fosse ; 3ème François, souche des d’Hervilly de Devise et Canisy.

 

On trouve aussi, à la date de 1527, Louis d’Hervilly qui avait à Quivières la moitié d’un fief indivis avec le Chapitre de St Quentin ; et dans un aveu du 1er juin 1531, Artus Lecat, écuyer, déclare tenir du roi, comme bail (tuteur) de son fils Artus, la terre d’Hervilly, la moitié de la Motte et quelques terrages à l’encontre de l’autre moitié appartenant au chevalier Jason, seigneur à Hauteville et de plusieurs autres fiefs. Vers la même époque, cette moitié du domaine passa à un autre possesseur, d’après cette inscription d’une tombe en pierre bleue qui se trouvait à droite de l’autel dans l’église d’Hervilly « Cy gist Gaucher de Fonteine en son vivant escuier du roy, seigneur de Villers-Guislain, Bouvaincourt, Hervilly en partie, mort en 1581.

Antoine II, seigneur d’Hervilly, Beaumont, n’eut point d’enfants de sa seconde femme, Louise de Sorel, qui épousa en deuxièmes noces Louis, comte de St Simon, gouverneur de Chauny. Son fils Jean II, mort sans postérité, lui fit ériger un monument remarquable dans le sanctuaire de l’église des Dominicains de la ville de St Quentin, en faveur desquels il perpétua la bienfaisance de ses ancêtres. C’était un vaste tableau, en marbre noir, où étaient représentés son père, sa femme et leur fille, avec cette inscription en date de 1668 :

« A la gloire de Dieu et à la mémoire de Messire Jean d’Hervilly, vivant chevalier, seigneur dudit lieu, dit le Grand-seigneur de Hervilly au doyenné d’Athies, ici représenté comme le fondateur principal, ami et bienfaiteur de ce couvent »

 

Très honoré seigneur Messire Jean de Hervilly, chevalier seigneur dudit lieu, Beaumont-en-Baine, Beaumont-Louvetin, La Bainette, Moulimont, Flavy-les-Bosquiaux et Hébécourt en partie, issu dudit seigneur, voulant correspondre à la dévotion de ses illustres et pieux ancêtres vers les religieux de l’ordre des Frères Prêcheurs de ce couvent de St Quentin, leur a donné par contrat passé par-devant Huart et Donfrère, notaires à St Quentin, le 27 septembre 1668, approivé et ratifié par l’illustre Dame Louise de Sorel épouse dudit seigneur, le 20 du mois d’octobre suivant, à titre de cens perpétuel et d’un chapelet de sa part, la moitié du fief de Falzy-lezBosquiaux et des rotures situées au même lieu, à la charge de continuer la prédication de la Passion de Notre-Seigneur à l’arbre dudit Hervilly, nommé pour cela l’arbre de la Passion, le 5ème dimanche de carême, et de recommander ledit seigneur et les anciens seigneurs dudit Hervilly, ses ancêtres ; de chanter à son intention, par chacun mercredi des Quatre-Temps et à toujours, à 8heures du matin, une messe haute des Trépassés.

 

Et de plus ledit seigneur Messire Jean de Hervilly a encore donné à ce couvent une rente annuelle et perpétuelle, à prendre sur tous les biens à lui appartenant et qui lui appartiendront au jour de son décès, à la charge de chanter à son intention, incontinent après son décès, au grand service des Trépassés ; en après, célébrer une messe basse par chacun jour perpétuel maintenant et à toujours, au maitre-autel, pour le repos de l’âme dudit seigneur de Hervilly, et aux autres conditions rapportées plus amplement au contrat sus daté.

Nicolas de Haures, écuyer, cousin et héritier de Jean II d’Hervilly, vendit la terre de Beaumont à Élisabeth de Bovelles, d’Eppeville, deuxième femme et veuve de Florimond Brulart, marquis de Genlis ; et celle d’Hervilly à Claude Vaillant, de Chauny, lieutenant-général à Péronne, et dont les armoiries se voyaient sur les anciens vitraux de l’église de cette paroisse. Les Vaillant possédèrent peu de temps cette seigneurie qui appartenait, vers la fin du dernier siècle, à Mr Chanlatte de qui elle a passé par alliance à Mr de Haussy de Robécourt. Au midi de l’église se trouve un vaste enclos, dit encore du château ; et il y a peu de temps on a nivelé une éminence considérable qui avait conservé son nom féodal de La Motte ; plusieurs fois rappelé dans les documents qui précèdent. Cette éminence s’élevait sur une place vague au nord du cimetière ; elle divisait le domaine d’Hervilly qui avait sans doute été partagé entre les descendants des seigneurs primitifs.